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                                                                                                Russie                  Novembre 2006

L'Edito.

Où en est la gastronomie en Russie, aujourd’hui?

Pour faire le point sur ce qui se passe dans ce pays où les nouveaux riches pullulent, voici un certain aperçu de la situation qui m’est totalement personnel.

Le pays compte deux grandes citées dans lesquelles se concentre toute l'activité : Moscou et Saint-Pétersbourg. La capitale étant la ville la plus riche. Beaucoup de restaurants se revendiquent de ‘Gastronomie Française’ dans ces deux métropoles. Les personnes qui investissent dans ce business veulent voir un retour sur investissement rapide. Ils inondent le marché de restaurants aux intérieurs magnifiques, utilisant les meilleurs designers. La vaisselle est personnalisée, issue de porcelainiers reconnus. Des œuvres d’arts clinquantes en tout genre viennent compléter le tableau de ces établissements tentant d’afficher un style ‘trois étoiles’, comme ils veulent bien le laisser croire. Ensuite arrive seulement l’approche nourriture a proprement parlé. Un grand nombre d’investisseurs ayant l’âme de vrais restaurateurs décident eux-mêmes de la composition de la carte suivie du personnel qui va la réalisée.

Voyons le point de vue local : Selon un article très détaillé du magazine russe Restaurannie Vedomosty (restaurant news), paru en mai 2005, sur les restaurateurs russes de tout bord :« ….après les investissements pour les intérieurs et autres vaisselles et mobiliers, le restaurateur investisseur n’a plus assez d’argent pour le personnel, la cave, les produits nécessaires à l’élaboration d’essais d’un vrai menu gastronomique ainsi que pour la publicité… » Apres une recherche approfondie sur ces dires, j’ai effectivement trouvé plusieurs exemples parmi les meilleurs établissements, ainsi qu’auprès de nombreux nouvellement installés. Je rajouterais pour ma part qu’ils n’ont le budget que pour le Chef exécutif ou pour le Chef consultant, peu pour le service ou vice versa mais rarement les deux en même temps. Pour ce qui est du vin, il s’avère difficile d’avoir une cave constante et bien tenue.           

La Russie n’est pas un pays agricole, les produits nécessaires à un Grand Restaurant doivent être importés à 80%. Le souci est là. L’importation de produits frais français ou européens est une mission pratiquement impossible au quotidien, car il  y a de grosses divergences commerciales entre ces pays. Il est très rare d’avoir une cuisine faite de produits de grande qualité de façon régulière. Cela arrive mais à un rapport qualité prix stratosphérique, sachant que le ticket moyen dans un restaurant dit de luxe est du niveau d’un Bocuse ou Ducasse !! Mais nous pouvons être optimiste pour ce genre de détails, s’ils en sont, car la Russie évolue très rapidement.

Pour finir, il y a une question à laquelle peut d’investisseur s’attache!? C’est bien évidemment celle de la fréquentation: il y aura-t-il assez de clients pour remplir ces lieux gastronomiques ? Je laisse ce magazine Moscovite Restaurannie Vedomosty (restaurant news) le soin de vous répondre :

"La majorité des Russes riches ou pauvres n’attendent rien de la nourriture mais quand ils vont au restaurant voici les raisons qui les motivent : Une excellente occasion, L’ambiance, le type de musique qu’il se joue, le niveau de popularité, si l’on peut faire l’étalage de son niveau social (dépenser sans compter, arriver en voiture de luxe, un nombre impressionnant de garde du corps, des tenus de stars, etc.…), le service et enfin, si il y a du personnel de sécurité.."

!!!

Je pense néanmoins que les mentalités sont en train d’évoluer, certes lentement mais elles s’accentueront aussitôt que l’Europe et La Fédération de Russie iront vers une collaboration commerciale plus soutenue.

Bon appétit

Pascal Henrot

President EDG Europe.

 

Conte de Novembre

Je me suis inspiré d’une histoire vraie (voir Histoire Naturelle et Morale de la Nourriture) pour écrire cette petite nouvelle , relativement noire, sur les asperges. Elle n’est pas conseillée aux enfants !


Les asperges d’Argenteuil.

En l’an 1356, le couvent Dominicain de Notre Dame d’Argenteuil était célèbre par de-la ses frontières, pour sa ferveur ecclésiastique. Ses moines étaient tous des théologiens éclairés, certains, fameux jusqu’en Avignon. Ils étaient les gardiens des gardiens de la bonne foie Papal. Leur réputation était telle, que l’évêque de Montmorency, plus connu sous le nom du Grand Inquisiteur, venait faire retraite en ses murs, plusieurs fois par an. Il appréciait particulièrement les lectures en latin de la bible, du très estimé Père Gresforges, le fondateur de l'ordre. Depuis sa nomination par le pape Clément IV, la retraite de l’éminence n’allait jamais au-delà de 7 jours, car son devoir d’inquisition était devenu son vœu de sacerdoce. Ce fut en 1358 qu’il décharna et brûla le plus grand nombre d’hérétiques. En moins d’une année, Il fit exterminer près de 10000 personnes, femmes, enfants et vieillards compris. L’inquisition était arrivée à son comble de l’horreur.

Un jour, un de ses lieutenants lui appris que le diable était entré dans la maison de Dieu.

- Eminence, quelle peine ai-je à vous annoncer que le diable a pris place dans nos soutanes…

- Expliquez-vous! dit l’évêque d’un ton accusateur.

- Oui oui monseigneur, repris t-il calmement ; un de mes adjoints a eu vent de l’histoire d’un des braconniers du lieu dit Garange qui prétends, avoir vu les moines du couvent de Notre Dame d’Argenteuil en retour de cueillette d’asperges. Pour preuve, ajouta-t-il, il les suivit jusqu'à la porte du couvent, trouvant par la même quelques asperges fines, complètement vertes… Et, reprit-il sans laisser l’évêque respirer, nous n'avons que deux éléments tenus pour vrai ; ils ne se doutent pas que quelqu’un puisse connaître leur agissement et ils s’adonnent à ce pêcher hautement criminel, après la lecture du soir.

Le visage de l’évêque se ferma dans une expression entre l’étonnement et la peur avant d’intervenir puissamment.

- Vous êtes sur qu’il s’agit de MON couvent : Notre Dame d’Argenteuil…. Avec le père Gresforges…. Vous pensez qu’il se fourvoierait dans la gourmandise, d’asperge qui plus est… ? Avant même que le Conte d’Arcy n’ouvre la bouche, il ajouta dans un empressement de terreur.

- Si cela s’avère faux je ferais pendre votre adjoint et écarteler tous ceux qui l’on aider à nous faire croire a une si piètre histoire.

- Mon seigneur, dit-il doucement en avalant sa salive, je vais y aller moi-même, avant que cela ne se sache. Je vais vérifier auprès de ce braconnier ses dires et  inspecter les moindres interstices de cette enceinte sacrée, pour déloger le mal. Finit-il d’un air triomphant.

- Discrétion Conte.., veillez à être d’une discrétion absolue. Le Père Gresforges est fort estimé en Avignon, ne nous attirez pas les foudres Papales. Conclut-il prestement.

Un messager partit le jour d’après pour annoncer la venue du Conte d’Arcy. Il partit le jour suivant, avec ces deux servants. Il fallait près d’un mois de voyage pour rejoindre Notre dame d’Argenteuil. Le Grand Inquisiteur recruta encore plus de Dominicains et accentua la chasse à l’hérétique. Il brûla et tua encore plus d’impurs, allant même jusque dans les églises pour traquer le méchant, le devin, le malotru. Il en élimina aussi par ses propres mains. N’hésitant pas à montrer les rudiments de la torture pour faire avouer les pires mensonges.

Ces méthodes commencèrent à indigner les plus hautes instances d’Avignon.

L’enquête du  conte d’Arcy pris près de trois mois et il ne donna aucune nouvelles à l’Eminence. A son retour, il fit un rapport très détaillé de la situation. Alors, ils décidèrent d’y retourner ensemble, sans annoncer leur venue, la semaine suivante.

En l’an 1359, en Notre Dame d’Argenteuil, construite il y a plus de 200 ans, sous la tutelle du très estimée Théologien Père Balthazar Gresforges, l’évêque Gabriel Maurant de Montmorency découvrit le diable en personne et s’y confondit.

Les moines dominicains furent châtiés de la façon suivante : tous furent réunis sur le préau clérical, exactement en face du purgatoire .Un à un, ils furent attachés solidement par les bras et les jambes, harnachés à des chevaux de traits. Ils furent écartelés vivants, lentement, dans des souffrances ignobles et insoutenables. Ensuite,  ces corps furent tous carbonisés sur un bûcher surmonté de la croix sainte de l’autel. A l’exception du Père Gresforges et des ses deux fidèles moines assistants. Eux, après avoir assistés à ce spectacle d’horreur suivit par la destruction par le feu de leur couvent ; ils furent décapités tous en même temps, leur dépouille jetée aux loups et leur tête plantée sur des pieux,  suffisamment hauts pour être vu de loin et placé sur le chemin menant a Notre Dame d’Argenteuil.

Ceci fut fait à la suite de la découverte dans l’urinoir commun, après le pissoir du matin, d’une odeur très particulière d’urine, typique des mangeurs d’asperges.

Note du rapporteur de Paris pour sa sainteté le Pape Clément IV. 2 Mai 1359.

 

Fin.


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